CSA O86:24 et CNB 2025 : ouverture du mass timber jusqu'à 18 étages au Canada
Lecture commentée de la nouvelle CSA O86:24 et du CNB 2025 — bâtiments en mass timber jusqu'à 18 étages, encapsulation feu, CLT et glulam, retour d'expérience Brock Commons et Origine.

La norme canadienne CSA O86:24 « Engineering design in wood » et la 2025 edition du Code National du Bâtiment (CNB 2025) consacrent une révolution silencieuse : le passage du mass timber de l'exception à la norme. Depuis 2020, les bâtiments en bois lamellé-collé (glulam) et CLT (Cross-Laminated Timber) étaient autorisés jusqu'à 12 étages. La nouvelle édition pousse le seuil à 18 étages, alignant le Canada sur les pratiques scandinaves les plus audacieuses. Plus d'informations sur le CNB et la CSA O86:24.
Pourquoi le seuil passe à 18 étages
L'évolution s'appuie sur un travail collectif de plus de dix ans d'essais feu grandeur nature menés par Conseil National de Recherches Canada (CNRC) et l'American Wood Council. Ces tests démontrent qu'une encapsulation feu deux couches de placoplâtre type X + un sur-dimensionnement par charring rate de 0,65 mm/min suffisent à garantir 2 heures de stabilité au feu pour des poteaux glulam et planchers CLT — performance équivalente au béton armé.
Brock Commons et Origine : les démonstrateurs canadiens
Le précédent qui a tout changé : Brock Commons Tallwood House à UBC Vancouver — 18 étages, 53 m, livré en 2017, à l'époque le plus haut bâtiment hybride bois-béton du monde. Au Québec, l'immeuble Origine à Québec (13 étages, 100 % CLT, livré 2017) a démontré la faisabilité technique et économique. Ces deux opérations, encore citées comme références mondiales, ont alimenté directement la rédaction de la nouvelle CSA O86:24.
Encapsulation feu et exposed mass timber : les deux familles
Le CNB 2025 distingue deux options de conception. Option 1 : encapsulation totale par 2×15,9 mm placo type X — c'est l'approche conservative, qui ouvre tous les usages. Option 2 : exposed mass timber avec un maximum de 35 % de surface bois apparente, surdimensionnement par couche sacrificielle de carbonisation. Cette deuxième option préserve la valeur architecturale du bois apparent, recherchée pour les projets biophilic design et la certification WELL Building Standard.
Ductilité, contreventement et sismique
Le grand défi du mass timber haut reste le contreventement parasismique. Le bois étant intrinsèquement peu ductile, la stratégie consiste soit à intégrer un noyau béton central (solution hybride à la Brock Commons), soit à utiliser des connecteurs ductiles dissipatifs type goujons à boucles ou plaques en U pliées. Le coefficient de modification de la force sismique Rd·Ro = 2,0·1,5 retenu par le CNB 2025 reste prudent comparé à un béton ductile (5,6). Voir notre comparatif CNB / Eurocode 8 pour le pendant européen via l'EC8.
Bilan carbone et stockage CO₂
L'argument décisif reste le stockage carbone biogénique : 1 m³ de CLT séquestre environ 0,9 t CO₂éq, à comparer à une émission de 0,4 t CO₂éq pour 1 m³ de béton armé classique. Sur un R+12 résidentiel typique de 8 000 m², le bilan ACV peut être négatif de 1 200 à 1 500 t CO₂éq par rapport à une référence béton — un argument décisif pour viser LEED v4.1 Gold ou Zero Carbon Building Standard v3 du Conseil du bâtiment durable du Canada.
Notre lecture pour les maîtres d'ouvrage canadiens
Le CNB 2025 ouvre un marché potentiel de plusieurs millions de m² entre Toronto, Montréal et Vancouver. Pour réussir un projet mass timber haut, il faut anticiper trois sujets dès l'esquisse : tolérances de fabrication CLT (±2 mm), cadence de livraison usine et formation des équipes feu. Pour échanger sur un projet pilote bois ou hybride bois-béton, contactez notre équipe ou consultez nos projets de référence et notre retour bas-carbone.


